Alerte sur une planète à bout de souffle

Voici un article lu dans le journal Le Monde du 1er février 2012. Fort intéressant, il nous montre non seulement comment notre production et notre consommation (de biens mais aussi d’espaces) épuisent les ressources naturelles mais aussi pourquoi ce critère n’est aujourd’hui nullement pris en compte dans l’évaluation économique de nos pays. Le développement durable ne doit plus être une notion floue mais bien une urgente nécessite. Le mot d’ordre ne doit-il pas être de voir à long terme en pensant à l’avenir des futures générations plutôt qu’en terme de mandat électoral…

« Un rapport de l’ONU avant le sommet de Rio + 20 s’inquiète de la pression grandissante sur les ressources naturelles

A Greater Noida, près de New Delhi, les palissades d’un grand ensemble résidentiel. Beaucoup d’immeubles devront être construits en périphérie des mégapoles pour satisfaire les besoins en logements de la classe moyenne en pleine explosion. ADNAN ABIDI/REUTERS
Un état des lieux très inquiétant
85 % des stocks de poissons sont surexploités au niveau mondial. La protection et la reconstitution des ressources marines figurent parmi les priorités urgentes pour les scientifiques, alors que la majorité de la population mondiale vit près des côtes. La multiplication des  » zones mortes  » provoquées par l’augmentation des rejets polluants liés à l’agriculture est jugée très préoccupante.
75 % des services rendus par la nature – pollinisation des cultures, filtration de l’eau, protection contre les inondations, etc. – sont considérés comme en déclin par les scientifiques.
13 millions d’hectares de forêt sont détruits chaque année, mettant à mal le principal réservoir de biodiversité.
Dioxyde de carbone Les émissions annuelles de CO2 ont augmenté de 38 % au niveau mondial entre 1990 et 2009. Limiter le réchauffement à 2 °C est de plus en plus hors de portée.

Le rapport remis lundi 30 janvier au secrétaire général des Nations unies est déjà présenté comme le successeur du fameux rapport Brundtland qui, en 1987, avait fait date en introduisant la notion de développement durable dans le débat international.
Rédigé à la demande de Ban Ki-moon par un groupe de vingt-deux personnalités de  » haut niveau  » et de tous horizons – parmi lesquelles le ministre indien du développement rural, Jairam Ramesh, la ministre brésilienne de l’environnement, Izabella Teixeira, la commissaire européenne au climat, Connie Hedegaard, et Gro Harlem Brundtland elle-même -, le document est censé mettre sous pression politique le sommet Rio + 20 qui réunira chefs d’Etat et de gouvernement du 20 au 22 juin dans la cité brésilienne et dont la visibilité peine à émerger dans une actualité dominée par la crise économique et financière.
Les faits mis bout à bout par ce rapport d’une centaine de pages devraient suffire à convaincre qu’un développement durable n’est plus comme, il y a vingt-cinq ans, un idéal aux contours flous, mais une urgente nécessité. Chaque année, dans les villes d’Asie, d’Amérique du Sud et, dans une moindre mesure, d’Afrique, 70 millions de personnes rejoignent les classes moyennes – soit 2 milliards d’ici à 2030 – et aspirent à un mode de vie et de consommation  » occidentalisé « .
Dans le même temps, alors que la pauvreté a reculé partout dans le monde au cours des dernières décennies, la faim reste une réalité pour près d’un milliard de personnes. Pour satisfaire l’ensemble des besoins, il faudrait accroître la production agricole de 50 % d’ici à 2030, la production d’énergie de 45 % et améliorer la disponibilité en eau de 30 %.
Nos modèles de développement ne sont tout simplement pas compatibles avec les  » limites «  de la planète, affirme le rapport, faisant référence aux travaux menés par le Stockholm Resilience Center. Cet institut de recherches dirigé par un spécialiste des ressources marines, Johan Rockström, a proposé en 2009 un cadre dessinant les frontières à ne pas franchir pour ne pas mettre en péril l’équilibre physique de la planète et les capacités de renouvellement des ressources naturelles.
Il établissait ainsi  » un espace de sécurité «  à l’intérieur duquel inscrire les stratégies de développement à l’échelle mondiale. Neuf bornes ont été définies, parmi lesquelles le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, la pollution chimique, la diminution de la couche d’ozone, la déforestation, la disponibilité en eau potable ou encore l’acidification des océans.
Or, pour trois d’entre elles – le changement climatique, l’érosion de la biodiversité et la perturbation du cycle de l’azote qui a notamment une incidence sur la fertilité des sols et la productivité des océans -, les chercheurs estimaient que les seuils avaient déjà été dépassés.
En vingt-cinq ans, ces seuils périlleux déjà évoqués par le rapport Brundtland sont donc devenus une réalité avec laquelle il va falloir composer. Faute de quoi, avertit le rapport,  » nous courrons le risque de condamner jusqu’à trois milliards de personnes àla pauvreté « . Trois fois plus qu’aujourd’hui.
Cet état des lieux, plus qu’inquiétant lorsqu’on entrevoit ses possibles conséquences, mériterait toute l’attention des gouvernants. Pourtant, constatent les membres du groupe de travail qui ont tous, ou presque, exercé des responsabilités politiques,  » il est difficile d’être contre le principe de développement durable, mais, dans la réalité, il existe peu d’incitations à le mettre en pratique « . Car  » les politiques et les institutions sont récompensées sur des objectifs de court terme (…) et, pour les hommes politiques eux-mêmes, le temps qui compte est celui du présent « . L’avenir des générations futures reste donc secondaire.
L’audace des rapporteurs n’en est donc que plus grande, puisqu’ils proposent, dès 2014, de changer le logiciel de pilotage de l’économie mondiale en troquant progressivement le vieux produit intérieur brut (PIB) contre un indice du développement durable prenant en compte l’épuisement des ressources.
 » La plupart des biens et des services vendus aujourd’hui n’intègrent pas correctement le coût social et environnemental lié à leur production « , expliquent-ils. La croissance telle que définie par le PIB omet de dire si cette performance matérielle est obtenue en détruisant l’environnement ou en malmenant les salariés, précise le rapport en citant le travail de la Commission sur la mesure de la croissance et du progrès social, créée en 2009 par Nicolas Sarkozy et présidée par les économistes Joseph Stiglitz, Amartya Sen et Jean-Paul Fitoussi.
La communauté internationale est-elle prête à sauter le pas ? Parmi les 56 recommandations formulées par le rapport, le changement concret de paradigme apparaît bien comme l’un des enjeux majeurs sur lesquels les gouvernements auront à se prononcer à Rio + 20. Le seul susceptible de donner enfin une traduction concrète au développement durable.
Laurence Caramel »

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