Les parcs naturels en quête d’un développement durable

Dans lAlternative Économique de novembre, un dossier intéressant relatif aux parcs naturel régionaux… mes pêchés mignons. Le journaliste y montre un des rôles primordiaux des parcs qu’est l’alliance au sein d’un territoire et pour ses habitants, du développement économique et social avec la préservation du patrimoine naturel. En Ile-de-France, 4 parcs accomplissent cette mission entre expérimentation et préservation du patrimoine naturel, architectural et culturel : le Vexin Français en direction de la Picardie et de la Normandie, Oise-Pays-de-France en coopération avec le département picard de l’Oise, le Gâtinais Français au sud du territoire régional et celui de la Haute Vallée de Chevreuse dans son sud-ouest. Deux autres parcs sont actuellement en projet : le Bocage Gâtinais en coopération avec les régions Centre et Bourgogne et Brie et Deux Morin à l’est de l’Ile-de-France.

Comment mettre l’activité économique au service de tous et l’inscrire dans une dynamique soutenable ? Comment redonner aux habitants d’un territoire le sentiment qu’ils maîtrisent leur avenir ? C’est le défi que s’efforcent de relever, à leur niveau, les 48 parcs naturels régionaux. Ces structures, qui rassemblent des espaces à dominante rurale dotés d’une grande valeur patrimoniale mais souvent fragiles économiquement, abritent aussi plus de 3,5 millions d’habitants.

Créés en 1967, dans un contexte de désertification du milieu rural, les parcs naturels régionaux ne doivent pas être confondus avec les parcs nationaux, comme par exemple le parc de la Vanoise. Ces derniers ont pour mission d’assurer la conservation d’espaces naturels dont le coeur est protégé de toute présence humaine. En revanche, les parcs naturels régionaux ont vocation à préserver des territoires riches de leur patrimoine naturel, mais aussi culturel et historique. Ils revendiquent une identité « biogéographique », qui n’oppose pas protection de la nature et activités humaines.

Les parcs naturels régionaux : fiche d’identité

Il existe aujourd’hui 48 parcs naturels régionaux en France (46 en métropole et 2 dans les Dom). 15 projets sont à l’étude, ce qui porterait leur surface à 20 % des territoires d’ici à 2020. Toutes les régions métropolitaines ont au moins un parc, sachant que nombre d’entre eux s’étendent sur plusieurs régions. Ainsi le parc des Ballons des Vosges unit des espaces francs-comtois, lorrains et alsaciens. 3,5 millions d’habitants vivent dans les parcs, soit 30 % de la population résidant dans des espaces à dominante rurale.

Les parcs sont à la fois des lieux d’activité économique – on y dénombre 72 000 exploitations agricoles et 320 000 entreprises de toutes tailles -, mais aussi des lieux privilégiés sur le plan environnemental : ils rassemblent ainsi 37 % des zones boisées, plus de la moitié de la surface des réserves naturelles nationales et 19 % de la surface classée Natura 2000. Enfin, six des dix réserves de la biosphère française sont situées dans les parcs.

En pratique, les parcs naturels régionaux sont gérés par des syndicats mixtes, qui regroupent des collectivités locales (régions, départements, communes), avec le soutien de l’État. Ce sont des structures très légères, puisque l’ensemble des 48 parcs emploient 1 800 personnes, soit moins de 40 par parc en moyenne. Ces personnes assurent des tâches d’accueil, d’éducation et d’information ; elles veillent aussi au respect de la charte du parc. Ce document résume le projet de préservation, de mise en valeur et de développement sur lequel les collectivités se sont mises d’accord. L’État agrée cette charte et cet agrément doit être renouvelé tous les douze ans. A cette occasion, un long processus de concertation avec les habitants, les acteurs économiques et les différentes collectivités est mis en route afin de dégager un consensus sur les objectifs à atteindre.

Voilà pour les principes. Dans les faits cependant, les parcs ont d’abord été conçus comme des « réserves » dans une France qui venait de connaître une urbanisation accélérée et où l’enjeu majeur, en termes de développement, avait été d’accompagner la croissance en construisant des infrastructures et des logements dans les grandes agglomérations afin d’accueillir les entreprises et une main-d’œuvre souvent issue de l’exode rural. Les parcs, dans ce contexte, étaient d’abord des poumons verts pour urbains en mal de nature, même s’il était de bon ton de défendre les activités agricoles et artisanales résiduelles.

Préserver la prospérité des habitants

Avec le ralentissement de la croissance et la décentralisation, la donne a changé. Chaque territoire s’est trouvé contraint de compter sur ses propres forces. Priorité désormais au développement local ! De nombreux parcs sont issus de ce nouveau contexte, tel celui du Livradois-Forez, créé en 1986, dont la charte explique qu’« il est le fruit d’une volonté forte des élus locaux (…) de s’appuyer sur la richesse de ses patrimoines pour lutter de manière solidaire contre le fatalisme du déclin ».

Reste à mettre ces bonnes intentions en pratique. Car, dans les faits, le développement économique n’a pas toujours été la première préoccupation du personnel des parcs. Leur conception de la préservation s’est longtemps accompagnée d’une certaine méfiance à l’égard du développement économique, considéré comme une menace pour le patrimoine naturel, non sans bonnes raisons parfois.

La majeure partie des équipes permanentes des parcs, au-delà des tâches de communication et d’éducation, a d’ailleurs vocation à assurer le bon respect des engagements pris par les collectivités en matière de paysage, d’urbanisme et d’architecture, ou de respect des espaces naturels protégés. C’est pourquoi on compte parmi les permanents non seulement des personnes en charge de la valorisation des ressources agricoles et forestières et de la promotion touristique, mais aussi des chargés de mission spécialisés ayant vocation à faire prendre la mayonnaise du développement local. Comme l’observe Éliane Giraud, présidente du parc de Chartreuse et vice-présidente du conseil régional Rhône-Alpes : « Dans ces zones rurales, souvent mal coordonnées, la structure « parc naturel régional » est bien placée pour créer des dynamiques, mobiliser les élus et créer des liens. »

L’idée fait d’autant mieux son chemin que le succès de la mission de préservation confiée aux parcs passe par la prospérité des habitants résidant sur ces territoires : impossible de garantir l’entretien des paysages ou le maintien de la valeur du patrimoine immobilier si les habitants désertent les lieux faute de pouvoir, ou de vouloir, vivre et travailler au pays. La mission des parcs ne peut donc être de « conserver » l’existant, comme si on pouvait arrêter le cours de l’histoire. L’entretien du patrimoine naturel des parcs – ressources en eau, biodiversité, etc. – suppose d’ailleurs d’agir en permanence pour développer les bonnes pratiques sur le plan écologique. Ce qui implique que chacun y trouve son compte, à commencer par les habitants : les exploitants forestiers doivent trouver avantage à une gestion durable de la forêt, les agriculteurs à utiliser moins d’intrants (*) et les professionnels du tourisme à développer des formes d’accueil valorisant le patrimoine et les paysages. Tout l’enjeu, pour les chargés de développement des parcs, est de promouvoir une économie qui allie création de richesses, gestion durable des ressources et développement du lien social.

Soutenir l’économie locale

Concrètement, le premier levier de développement des parcs naturels régionaux demeure la dynamique de l’économie résidentielle. Il s’agit des emplois engendrés par les dépenses faites par les résidents et par les services liés à leur présence : santé, social, éducation, commerce, artisanat du bâtiment, transports, etc. Ces activités peuvent être assurées par des acteurs privés, par des administrations ou encore par des organisations de l’économie sociale et solidaire, que s’efforcent de soutenir de nombreux parcs, tels celui du Haut-Jura. L’enjeu est de s’assurer que ces services soient bien disponibles sur le territoire local, pour satisfaire les résidents, mais aussi pour fournir des emplois : l’agriculteur local sera d’autant plus enclin à rester et à investir sur son exploitation que, parallèlement, sa femme aura trouvé un emploi à la maison de retraite.

Le potentiel de l’économie résidentielle est d’autant plus important qu’avec la mobilité accrue des populations et la montée des prix du foncier, les territoires ruraux sont devenus plus attractifs. Si certains espaces, au sein des parcs, voient encore leur population diminuer, le mouvement s’est dans l’ensemble inversé, notamment dans les espaces en lisière de zones urbaines denses. Ceux-ci bénéficient de l’apport de « rurbains » qui travaillent en ville et cherchent un meilleur environnement à un prix accessible. Ces nouvelles populations peuvent être très hétérogènes : on y rencontre des consultants hautement qualifiés attirés par le soleil et le haut débit mais aussi des populations pauvres en situation de quasi exclusion. Le développement de l’économie résidentielle repose cependant, en partie, sur des flux de revenus provenant de l’extérieur des territoires – salaires perçus ailleurs, pensions de retraite, prestations de protection sociale – qui sont aujourd’hui affectés par la crise.