« la réussite ne consiste pas à avoir toujours plus mais à avoir autrement »

Interviewé dans Libération, Pascal Durand, Secrétaire national d’Europe Écologie – Les Verts, livre sa réflexion sur l’écologie politique et son positionnement actuel.

« Un écologiste est-il forcément de gauche ?

L’écologie est une conception globale de la société. C’est la politique en relief, en trois dimensions. La gauche, la droite et le centre incarnent, eux, la vieille politique qui voit le monde à plat, de manière binaire. L’écologie ne peut s’inscrire dans ces vieux moules, car elle tient compte du futur et des conséquences de chaque acte humain. A l’aune des critères traditionnels de la gauche, l’écologie s’inscrit dans cette famille, mais la gauche actuelle, c’est d’abord la conquête de la nature par l’être humain et une espèce de scientisme.

Dans les faits, les écologistes français s’allient toujours avec le PS…

Quand on vient du camp protestataire, qui rejette le modèle dominant, on a tendance, comme les décroissants chez nous, à mettre dans le même sac tous ceux qui appartiennent au vieux monde. Et puis il y a ceux, comme nous, qui disent ça suffit. Oui, le PS et le Front de gauche ne défendent pas le même modèle que le nôtre, il n’empêche qu’il y a des convergences d’opportunité. Et pour entrer au Parlement, le scrutin majoritaire nous oblige à nouer des alliances.

L’alliance avec le PS répond donc d’abord à un principe de réalité ?

Je dirais plutôt de nécessité et de responsabilité. Eu égard aux urgences, il serait choquant de ne pas se mettre en situation d’agir. Cette espèce de pureté qui voudrait qu’on se bouche le nez est, en fait, faire un pari sur l’aggravation de la crise et sur l’échec du gouvernement. Or je suis convaincu que nos partenaires socialistes entendent davantage notre remise en cause du modèle productiviste quand elle se fait à l’intérieur des institutions. Ça ne nous empêche pas de dire à M. Montebourg qu’il appartient au vieux monde et qu’il ne sauvera pas l’industrie automobile en mettant des milliards sur la table et en engueulant les patrons. Ça, c’était le XXe siècle, aujourd’hui il faut imaginer une société postpétrole.

Nathalie Kosciusko-Morizet affirme que l’écologie peut être de droite…

On peut avoir une pensée écologique à droite, comme on peut en avoir une au PS ou au Front de gauche. Mais on n’est pas écologiste pour autant. On ne peut pas être de droite dans une logique libérale et dire je veux une autre industrie, une autre agriculture et d’autres moyens de transport. C’est vrai pour tous les biens qui doivent rester communs. Si demain l’air, l’eau, la terre, le ciel et le vivant sont privatisés, notre civilisation sera derrière nous. Attention à ne pas vivre un retour de la barbarie.

En Allemagne, les écologistes s’allient aussi avec la droite…

Ce sont des alliances locales, sur des projets. Certains, chez nous, défendent cette démarche en assurant qu’une éolienne n’est ni de gauche ni de droite, et que sa construction est un acte de la transition énergétique. C’est pareil pour Schwarzenegger en Californie : en bon républicain, il a mené une politique sociale désastreuse, mais il s’est payé avec courage le lobby automobile. Doit-on soutenir une telle démarche ? C’était pareil avec le Grenelle de l’environnement organisé par Nicolas Sarkozy. Moi, je n’ai pas hésité. Le Grenelle, comme le Pacte écologique, a permis de faire bouger les lignes. Les associations et les ONG environnementales sont reconnues depuis comme des interlocuteurs valables de l’Etat, au même titre que la FNSEA ou la CGT. Mais si, dans l’imaginaire collectif, la réussite reste la Rolex et la grosse bagnole, on va dans le mur. A nous de montrer que la réussite ne consiste pas à avoir toujours plus, mais à avoir autrement. On aura alors transmis l’essence de l’écologie.

Comment expliquez-vous la perception punitive de l’écologie ?

De la même façon qu’on représentait les bolchéviques avec un couteau entre les dents, le modèle dominant nous marginalise en nous caricaturant. Cela montre aussi notre incapacité à trouver les bons mots, la manière positive de construire un autre modèle. Le cas Nicolas Hulot est parlant : quand il donnait à voir le monde à 10 millions de personnes sur TF1, il était respecté et entendu. Le même qui fait un film en disant qu’on va tous crever et que cette société est folle, ça ne marche pas.

L’écologie politique joue-t-elle le rôle qui était celui du socialisme au XIXe siècle ?

Si Jaurès était vivant, il serait écologiste. Il n’y a plus de solidarité et d’humanisme possibles sans la dimension écologique. La nouvelle fraternité du XXIe siècle n’est plus réservée à la pensée humaine et aux seuls êtres humains, il faut y inclure le vivant et même, pourquoi pas, le minéral. Nous devons sortir de la logique marxiste de l’homme dominant la nature dans une démarche d’exploitation complète.

La crise est-elle la meilleure alliée ou la pire ennemie de l’écologie ?

Tant que le PS cherchera une croissance qui n’existe plus, on n’y arrivera pas. La crise n’est pas souhaitable, mais elle doit être une opportunité. Il ne suffit pas de se débattre dans le torrent des difficultés, il faut savoir où on va. Je suis stupéfait quand Jean-Marc Ayrault, voit des industriels sans la ministre de l’Écologie. »

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